Cape Town, Afrique du Sud, novembre 2018

Un fort vent de sud-est était annoncé pour le samedi, aussi avons-nous décidé de saisir l'occasion pour sortir et tester le bateau par mauvais temps. Nous avions quelques points sur notre liste de contrôle :


  • Quelles sensations procure le bateau en tapant dans les vagues.

  • À quel point le bateau se comporte bien sous voiles ris.

  • Avec quelle rapidité la grand-voile descend par vent fort en cas d'urgence.

  • Comment le bateau se comporte avec un foc profondément ris.

  • Dans quelle mesure les deux moteurs Yanmar permettent de remonter au moteur face au vent.

  • À quel point il est difficile de virer vent devant par vent fort.


Vers 14h, comme prévu, nous avons commencé à voir un vent constant de 30 nœuds du sud-est. Nous avons donc demandé au Contrôle du Port l'autorisation de quitter le port et, une fois sortis, sans grande surprise, nous avons constaté que nous étions le seul voilier. Personne d'autre n'était là, et c'était un week-end. Ça en dit long.

Ici, dans Table Bay, il existe une zone appelée le South East Corner. Le South East Corner est aux marins de Cape Town ce que « The Slot » est aux marins de San Francisco. À la différence que le South East Corner, c'est The Slot sous stéroïdes. Le vent de sud-est s'engouffre ici entre la Montagne de la Table et le passage au nord, s'accélérant brutalement sous l'effet Venturi. En sortant du port de Cape Town, si l'on vire au sud il peut y avoir peu ou pas de vent, tandis qu'en mettant cap au nord vers le South East Corner, on peut facilement avoir 30 nœuds et plus. Ces photos montrent où il se situe, avec nos traces de la journée :

Cape Town South East Corner
Photo 1 · Cape Town, South Africa · November 2018
Le South East Corner de Cape Town

Nous avons commencé avec un ris dans la grand-voile et un dans le foc. Vent autour de 20/25 nœuds. Le bateau se sentait très sûr, et nous faisions environ 9 nœuds à 60/70 degrés au vent. Nous avons marqué l'itague de ris 1 et la drisse, pour que la prochaine fois que nous devrons prendre un ris, ce soit plus simple.

Puis le vent est monté à un régulier 30/35 nœuds, avec des rafales à 38. Selon l'échelle de Beaufort, c'est un force 8, un vent de coup de vent ! Nous avons pris un deuxième ris dans la grand-voile et dans le foc. Nous volions littéralement :

Le bateau se comportait toujours très bien, tapant dans les vagues. Les vagues n'étaient pas grosses, mais très rapprochées, comme en Méditerranée. C'était donc un terrain d'essai parfait.

C'était intense, mais nous ne nous sommes jamais sentis en danger. D'ailleurs, en descendant dans le carré et en fermant la porte du cockpit, c'était très calme et confortable :

Un petit incident s'est produit lorsque nous avons tenté de virer vent devant, les écoutes de foc s'étant coincées dans les taquets au pied du mât. Beaucoup de bruit avec le foc qui faseyait et les écoutes qui volaient dans tous les sens. Nous avons réussi à enrouler le foc et à stabiliser la situation, mais nous avons ensuite dû démêler le tout, les écoutes de foc s'étant enchevêtrées avec d'autres cordages au mât. C'était intense ! Je vais devoir trouver un système pour couvrir ces taquets afin d'éviter ce genre d'incidents à l'avenir. Mais pour l'heure, nous avons décidé que dorénavant, lorsque nous devrons virer vent devant par vent aussi fort, nous enroulerons d'abord le foc, puis nous virerons. Mieux vaut prévenir que guérir. En mer, beaucoup de choses peuvent mal tourner rapidement, aussi devons-nous être en mesure de gérer ce risque.

Le point suivant sur la liste consistait à vérifier comment le bateau se comporterait avec le seul foc par vent fort et dans les vagues. Nous avons donc affalé complètement la grand-voile et navigué avec un petit mouchoir de foc. Nous avons fait environ 5 nœuds à 30/35 nœuds de vent à 60/70 degrés.

Nous avons ensuite testé les moteurs. Nous avons affalé toutes les voiles et commencé à motorer droit face au vent. Ce n'était pas agréable. À 2 500 tr/min, nous faisions à peine 3 nœuds. Quand on vous dit « s'il y a trop de vent, il n'y a qu'à motorer face à lui », ne le croyez pas. La voile, c'est bien plus facile et bien plus agréable. Nous avons donc de nouveau hissé un petit mouchoir de foc et sommes rentrés au port à la voile. Test de résistance accompli.

En consultant le journal des instruments, nous avons constaté que la vitesse maximale du vent réel était de 38 nœuds, et notre vitesse maximale de 11,4 nœuds.

Ce fut un après-midi bien intense ! Nous sommes très satisfaits du comportement du bateau par vents de coup de vent. Nous ne prévoyons pas de naviguer dans ces conditions, mais si nous y sommes contraints, au moins nous savons que nous en sommes capables. De retour au ponton, le bateau était dans le même état qu'à notre départ : pas de hublots qui prennent l'eau, pas d'objets tombés des étagères, pas de portes qui ne ferment plus. Comme si de rien n'était. Une fois rincé, Oroboro brillait à nouveau au soleil.

Nous avons profité du reste de l'après-midi pour nous détendre et décompresser, et sommes allés visiter la Galerie Nationale. Pas de vent hurlant là-dedans. Juste la voix de l'art africain. Dîner au marina de Cape Grace et au lit à 21h. Épuisés mais heureux. Une vie quasi monastique.